Ordre Nouveau : une ébauche de portrait.
C’est marrant, les coincidences.
À peine avais-je fini de lire les commentaires sur le mystère que représente, à mes yeux, l’assassinat programmé, sophistiqué et méticuleusement organisé de François Duprat (y compris chez nos amis d’en face qui seraient bien inspirés de réfléchir sur leur propre histoire et leurs propres morts…), que tombe dans ma boite aux lettres le numéro de Flash, en partie consacré au quarantenaire d’Ordre Nouveau.
Allez, ça fait chaud au cœur, à la une de Flash de voir François Brigneau et Alain Robert à la tribune du 9 Mars 1971 au Palais des Sports (bon, j’avoue, Alain Robert , un peu moins quand meme…), oui, c’est sympa. La Rédaction de Flash a fait le boulot. Il ne me reste qu’à lire….
RE-contexte.
Pour les plus jeunes de mes très nombreux lecteurs, rappelons tout de meme d’où vient Ordre Nouveau. Pour faire rapide et ne pas s’embarrasser de précautions inutiles, Ordre Nouveau prend la suite d’Occident, dissout, on se demande d’ailleurs bien pourquoi, à la suite des évènements de Mai 68. (Je dis « on ne sait pas bien pourquoi », car si Occident s’est distingué au début du mois de Mai avec quelques attaques à la Sorbonne et ailleurs, le moins qu’on puisse dire est que sa contribution à l’Histoire est relativement maigre, et que la position de ses membres fut tout, sauf homogène). Donc, se forge avec la première bombe au cinéma Saint Lambert (15° ardt) le début du mythe.
Disons le tout de suite : ça a de la gueule. A peine né, déjà une bombe pour essayer de calmer les ardeurs nationalistes…
S’empilent, donc au fil des mois, bastons, échauffourées, et actes de bravoure dans un rapport de forces contre l’extreme gauche ou le un contre dix s’apparente à une ballade matidudinale. Ordre Nouveau, c’est vous, c’est moi, c’est monsieur tout le monde (enfin plutôt jeune et plutôt parisien quand meme, faut pas déconner), enfin le monsieur tout le monde qui ne supporte pas le pompidolisme, qui exècre les gauchistes crasseux et qui souhaite remettre un peu de virilité dans une société qui part en quenouilles. C’est pas plus, mais c’est pas moins… et il n’en faut guère plus pour constituer un mythe toujours vivant…
La preuve….
A la lecture de Flash.
La lecture du numéro de Flash est intéressante par ce qu’elle dit, bien sûr, et aussi parce qu’elle ne dit pas, ou, à mon goût, pas assez.
Alain Renault et Jack Marchal (et Alain de Benoist dans un autre registre) sont des témoins intéressants de l’époque.
Alain Renault, d’abord, qui a pris l’initiative de rééditer ces livres, rouges et bleus, dont il faut bien avouer que le premier tient de la fresque épique et le deuxième d’un pensum obligé.
Air des temps de l’époque, sans doute.
Le premier tome vise à instruire une démarche nationaliste révolutionnaire, ses étapes et sa Longue Marche, le deuxième vise à convaincre de la stratégie de Front National dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle est modérément appréciée à la base. La suite le confirmera, et cela ne prendra qu’un été après la dissolution d’Ordre Nouveau. Comme bien souvent, les plus purs de chez les durs rallieront le système avec armes et bagages, pendant que les supposés plus modérés et quelques idéalistes du premier carré contribueront à maintenir la flamme, envers et contre tout. Ou à se retirer sur le Capitole, n’ayant que peu de goût pour la Roche Tarpéienne du Système honni.
On aurait aimé qu’Alain Renault, proche collaborateur de François Duprat et éditeur des Cahiers Européens, se penche sur cette contradiction, qui, il est vrai n’est pas propre au camp national (NDLA : Je dis ça pour mes amis de Ras l’Front). Et, au-delà de cette contradiction, étaye ce qui peut pousser les lecteurs assidus de Revolte contre le Monde moderne, à abandonner la Revolte et épouser le Monde Moderne. Nul doute que l’équipe de Flash, je l’espère, reviendra sur cette ambiguité pesante, dans un prochain numéro.
Et puis, il y a Jack Marchal.
Les jeunes lecteurs de Flash me paraissent mal informés sur ce qui est un nom et un portrait bien sage de celui qui a apporté beaucoup de rires et de bouffées d’air frais dans cette période.
Jack Marchal, c’est Alternative (entre autres), fanzine des années 70 qui invitait à donner des ballons aux joueurs inopinés des stades chiliens au début de l’ère Pinochet. Le goût était certes douteux, mais nous faisait bien rire, meme si le temps passant, on se rend compte que satire et cruauté ne riment pas forcément avec analyse et réflexion politiques. Il serait injuste de lui reprocher, juste le temps passant là encore, mais préférable d’y voir un symbole du temps, ou la dérision et la provocation étaient des armes salvatrices dans une société qui s’ennuyait. Au choix, je préfère quand meme les « rapports » naturels (?) du Rat et de la Taupe….
Ce qui m’a amusé dans ces deux interviews de Nicolas Gauthier et Beatrice Pereire, c’est la focalisation des questions sur le « look ». C’est marrant comme quoi des fois les questions sont plus intéressantes que les réponses. « Alors oui, quand on voit les photos de ces années-là, ben, vous ressemblez aux gauchistes du camp d’en face et les cheveux longs, etc… ». La question est intéressante et révèle sans doute de la perception (à mon avis tres diffuse…) de la conception maoiste du « Poisson dans l’eau ». Tout à fait applicable à Ordre Nouveau et sans doute bien moins plus tard, ou le cheveu ras fit son apparition. Laissons à Jack Marchal la bonne réponse « Il aurait été dommage de gacher avec des sottises marxistes-léninistes un monde qui nous offrait Pink Floyd, One plus One, les Shadoks.. » (NDA : surtout les Shadoks…)
Et puis il y a Alain de Benoist.
Tout militant nationaliste en deshérence intellectuelle (ce qui n’était pas rare, il faut le convenir) a économisé, et s’est précipité en librairie pour lire le Vu de Droite en 1977 qui n’a pas peu contribué à structurer un peu tout ça. Dans l’interview recueillie par Nicolas Gauthier, on apprécie tout, évidemment. L’évolution et le parcours intellectuel de celui qui a été et est toujours une référence, le maitre d’œuvre de Nouvelle Ecole et de Krisis, sans parler d’Eléments, tout ce qu’il dit touche aux tripes pour qui sait le lire et l’apprécier.
On n’en est, en tant que petit lecteur lambda, que d’autant plus à l’aise pour sourire (au minimum) sur la question des rapports entre le Grece et Ordre Nouveau (entendu ici, bien sur, au sens large, puisque le Grece fut créé en 1968 et ON dissout en 1973).
« Ni connivences, ni passerelles ».
Euh, oui…..C’est marrant j’avais pas vu ça tout à fait comme ça. Mais, bon, je dois me tromper.
Un bon livre donc…
Il convient donc de remercier Alain Renault et les éditions Deterna d’avoir permis la réédition de ces deux livres (en un seul ouvrage). Ils sont témoins d’une époque, d’un temps « optimiste », comme le souligne l’un des interviewés, qui laissait peu de prise à la nuance et ou « Le Bloc contre Bloc » tenait lieu de repère exclusif. Soyons honnêtes : peu (mais quelques-uns, préhistoriques, certainement) des membres d’Ordre Nouveau se seraient reconnus dans la « Gauche du travail et la Droite des Valeurs », peu avaient lu la Desintegration du Système de Freda ou lu Georges Valois, et beaucoup ont donc accepté les prébendes d’un régime combattu.
Maigre consolation, comme cela est souligné, nous avons moins contribué à la déliquescence générale que nos petits camarades d’en face.
Bon point, certes, mais tout de meme maigre consolation.
Un adhérent normand.